Absolute Beginners, 1986, réalisé par Julien Temple, adapté du roman de Colin MacInnes. Kink, soumination, douminant et consommation Introduction - Mais qui kick le kink dans le kiki ? 15 mn de lecture interdite aux moins de 30 ans. Pourquoi ? Parce que les moins de trente ans pensent que les plus de trente ans sont des has been, qu'ils n'ont rien compris au sexe et à la relation interpersonnelle en plus d'être des reliquats du patriarcat et d'avoir détruit économiquement et écologiquement la planète. Alors, quand on attaque le mot sacro-saint, celui sur lequel pivote toute la sexualité alternative établissant une échelle de liberté perçue, il est évident que ça fait grincer des écouvillons. Tiens, d'ailleurs c'est très simple : si vous ne connaissez pas le sens du mot écouvillon, ne lisez pas plus loin. Sinon, je vous invite à décrypter et découvrir l'univers du KINK et autres obscurs mots de vocabulaire comme la soumination, la doumination et leurs corollaires anglo-saxon. 1 — Le kink der surprise
Le mot kink est un terme de marine néerlandais du XVIIᵉ siècle : une torsion dans un cordage, un nœud qui empêche la corde de filer droit. En 1803, Thomas Jefferson l'utilise au sens figuré pour décrire une idée tordue, un caprice de l'esprit. Le virage sexuel arrive avec le Swinging London : en 1959, Colin MacInnes utilise kinky dans son roman Absolute Beginners pour décrire des personnages aux mœurs sexuelles troubles dans le Soho londonien. C'est la première occurrence littéraire du mot au sens sexuel. En 1964, Honor Blackman et Patrick Macnee enregistrent « Kinky Boots », le mot entre dans la culture pop, quelque part entre le coquin et le libertin. Pause. Une digression habituelle si vous me connaissez mais celle-ci est savoureuse quand on a plus de 50 ans. Patrick Macnee, oui, c'est John Steed de Chapeau melon et Bottes de cuir (The Avengers). Et Honor Blackman, c'est Cathy Gale, la première partenaire de Steed dans la série (1962-1964), avant Diana Rigg (Emma Peel). Blackman portait des bottes en cuir et une tenue moulante dans la série. D'où le lien direct avec « Kinky Boots », le single kitsch qu'ils enregistrent ensemble en 1964. Honor Blackman quitte The Avengers en 1964 pour jouer Pussy Galore dans Goldfinger. Diana Rigg la remplace et arrive en catsuit et plus tard propose même une tenue SM ("A Touch of Brimstone", saison 4, épisode 21, diffusé le 15 février 1966, en noir et blanc). Comme quoi on commence dès la fin des années 60 à créer une association entre kinky et le cuir/fétiche dans la culture pop britannique. Parenthèse dans la parenthèse, Diana Rigg jouera aussi dans James Bond dans Au service secret de Sa Majesté (1969). Film charnière car c'est le mariage de Bond, pivot qui explique la froideur du personnage. Et Patrick Macnee lui aussi fera une apparition dans Dangereusement vôtre (A View to a Kill, 1985) avec Roger Moore. Voilà, fermeture de cet intermède télévisuel. À partir des années 70, kink désigne explicitement une déviation sexuelle, un fétiche, une paraphilie. Aujourd'hui, il a presque absorbé tout le reste. Kink voudrait être le terme parapluie qui englobe le BDSM, les fétichismes, du cuir à la peluche en passant par le latex. Bref, toute pratique qui s'écarte du vanille. Même le shibari est kinky. Ce qui est amusant : un nœud qui englobe les cordes. Mais ce ne serait qu'une question de vocabulaire, une étiquette de plus pour agrémenter, voire expliquer, nos pratiques et passions, ce serait un nœud coulant. Ce qui est plus gordien c'est que kink devient le nœud du problème quand il se mélange à la tendance sociale. Ouvrons le sac de nœuds… Car la mode est au hack. En commençant par le food hack. Ces vidéos qui révèlent la vraie façon de bien écaler des coquilles d'œufs. Ces vidéos qui commencent par « tu savais que si tu ajoutes du bicarbonate dans ton omelette elle devient légère ? ». Et les life hacks sont partout : en bricolage, en société, mode, maquillage, cuisine, décoration, etc. On nous révèle le secret des choses. On nous a menti jusqu'à maintenant et on vous montre le vrai sens de la vie. Flirtant avec l'ère du complotisme, on nous promet l'essentiel en raccourci. Du coup le BDSM lui aussi est touché par ce phénomène de mode. On ne dit plus BDSM, trop ringard, so boomer. On dit kink. Pourquoi ? Parce qu'on peut très bien n'avoir qu'un ou deux kinks et les assouvir sans s'investir sur le reste et encore moins émotionnellement. « Tu savais que si on te frappe le cul à vitesse régulière suffisamment longtemps ton corps va produire de la dopamine et de la sérotonine et que tu vas avoir un orgasme ? Et la dopamine et la sérotonine, c'est bon pour ton corps et ton mental. Abonne-toi si tu veux plus de kink hacks. » Le BDSM de papi est devenu le royaume du kinky. On est passé de la relation à la prestation. De la découverte de l'autre au catalogue de sensations. On croit qu'il suffit que deux êtres consentants s'adonnent à une ou deux pratiques spécifiques pour croire que c'est du BDSM. Alors qu'on ne fait que remplir un besoin particulier avec un prestataire de services. Herbert Marcuse (1898-1979), philosophe germano-américain est ce qu'on pourrait appeler un freudo-marxiste. Un terme barbare pour expliquer qu'il approfondit l'un en utilisant l'autre. Il retourne Freud contre lui-même en utilisant la grille de lecture de Marx. Freud dit : pour vivre ensemble en société, l'homme doit réprimer ses pulsions. C'est le prix à payer, point final. Marcuse lit ça avec les lunettes de Marx et répond : oui, mais qui fixe le prix ? Et à qui profite la facture ? Ce que Freud prend pour une loi de la nature, Marcuse le perçoit comme un outil de domination étatique. On ne demande pas de réprimer ses pulsions simplement pour vivre en société. On demande de réprimer ses pulsions pour produire. De cette analyse naît un concept : la désublimation répressive, introduite dans Éros et civilisation (1955) puis développée dans L'Homme unidimensionnel (1964). Le système ne réprime plus le désir. Il le libère. Mais sous une forme domestiquée, consommable, inoffensive. On laisse jouir, mais dans un cadre qui ne menace plus rien. Le désir transgresse ? Qu'à cela ne tienne : on l'emballe, on le markète, on le vend. Ainsi la transgression devient produit. La révolte devient lifestyle. Restons objectifs avec Marcuse : il met parfois pêle-mêle dans un sac le capitalisme et l'économie de marché sans faire de distinction. Il a tendance à confondre consommation et consumérisme, comme si acheter était en soi une aliénation. Son utopie d'une société non-répressive reste vague et il critique l'Occident autant que l'URSS sans vraiment proposer de troisième voie. Cependant, nul besoin d'adhérer au programme politique de Marcuse pour utiliser son diagnostic. Car là où il voit juste c'est dans sa capacité à décrire un mécanisme : le système, comme il l'appelle, sait prendre n'importe quelle thématique et la transformer en produit au moment opportun. Le désir de liberté devient une marque. La rébellion devient un segment de marché. La transgression est exploitée, marketée, emballée, mise en rayon et vendue avec un code promo. Ce qui était dangereux devient tendance. Ce qui dérangeait devient désirable. Et ce qui libérait n'est qu'une fausse bouffée d'oxygène qui fait rester dans les clous. Marcuse écrivait dans L'Homme unidimensionnel que la société industrielle avancée crée des « besoins illusoires » (false needs) qui intègrent les individus au système de production et de consommation. La conséquence : un univers de pensée et de comportement « unidimensionnel » où l'esprit critique et les comportements antisystémiques sont progressivement absorbés. Comme le résume Denis Collin, lecteur attentif de Marcuse : le système capitaliste avancé « se présente sous les oripeaux chatoyants de la liberté, la liberté du commerce, la liberté des mœurs, la liberté de consommer ce que je veux quand je veux. Marcuse nous montre que cette liberté illusoire est la forme suprême de l'aliénation. » Après les clubs libertins qui ont désormais pignon sur rue, on offre une nouvelle soupape de sécurité : le kink, version moderne, édulcorée et chatoyante du BDSM. C'est l'heure de la SM trend, des kink-fluenceuses. Le BDSM n'est plus censuré, on l'exploite. On ne lève plus les yeux au ciel en criant « c'est déviant », on entend « abonne-toi pour plus de conseils kinky ». Avec l'objectif assumé d'obtenir sa dose de dopamine, de sérotonine, de bien-être, on a transformé une pratique de liberté radicale en complément alimentaire pour l'âme. 50 nuances de Groot a popularisé le BDSM, Jacquie et Michel l'a mis à terre et bifflé en gardant ses chaussettes. Pire que tout, les soumises du Kink Tok, maquillées digitalement, sponsorisées par une marque de lingerie, expliquent comment c'est facile, excitant, essentiel de porter un collier en platine et d'apprendre la gorge profonde. Le kink washing a emballé le BDSM sous blister, filtré et découpé en extrait de 30 secondes. Cinquante nuances d'étiquettes pour sortir de la grisaille. La révolte plug & play. Et le mouvement ne s'arrête pas au contenu. Il touche aussi l'apparence. Avant, on était dark, gothique, emo. Le cuir, le latex, le collier étaient des marqueurs d'appartenance à une contre-culture qui assumait sa marginalité. Aujourd'hui, on porte le corset en simili-cuir sur ses fringues. Fashion kinky. Barbie fétiche. L'esthétique BDSM est devenue un code vestimentaire de plus, vidé de sa charge, récupéré par les mêmes marques qui vendent du lubrifiant et des jeans patte d'eph. Si Shein vend des poupées pédophiles, il est encore plus facile de vendre du faux transgressif. La profondeur de la recherche de soi n'existe plus. Au contraire, on a la liste des revendications balisée par des green et des red flags. Marcuse avait vu juste : le système autorise les petites transgressions pour mieux empêcher de penser la grande. Pour éviter Le Grand Soir, on propose les Grandes Soldes du salace. On consomme du kink comme on consomme du bio, du yoga, du développement personnel, avec la même conséquence pour la plupart des conso-mateurs : une satisfaction éphémère qui ne transforme ni profondément, ni dans le temps. Le BDSM devenu la nouvelle drogue du peuple. Venez, on va vous expliquer comment jouir par impact pour vous donner la joie de cravacher au travail. C'est mieux que la MDMA, mieux que le protoxyde d'azote. C'est green, le matcha kink est écolo quand on fouette vegan. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le credo reste le même : « chacun son BDSM ». Certes. Mais chacun son BDSM de la consommation. Tellement de barrières tombent avec une génération qui préfère les raccourcis en oubliant que le chemin sinueux proposait surtout un paysage à découvrir. On veut aller d'un point A au point G, sans passer par les autres lettres. Pourtant ce n'est pas l'objectif ni la récompense qui sont importants, c'est surtout la découverte, l'enrichissement de l'expérience. Mais on ne voyage plus, on se téléporte. Star Kink, Bitch me up Scotty. 2 — Chérie, ça va kinker. Au fort de cette tendance, analysons des néologismes qui s'insinuent. La soumination, c'est l'art du soumis qui manipule. Le souminant ou la souminante joue à la soumise pour obtenir ce qu'il ou elle souhaite. Soit une action, une séance, mais la plupart du temps de l'attention. En jouant à l'esclave, il/elle obtient ce qu'il/elle veut sans vraiment suivre d'ordre. C'est pas loin du brat/rebelle qui se fait prier... mais sans l'honnêteté du jeu. Le souminant commande sa séance comme on commande un menu : « Je voudrais du shibari, pas trop serré, avec un petit café et je dois partir à 22h parce que j'ai aquaponey demain matin. Donc shibari lungo, café ristretto et ciao. » Pour être plus précis, Andrieu, Lahuerta et Luy ont signé en 2019 *La contrainte consentie : après le DSM-5, quelle thérapie BDSM ?*. Ils définissent les « souminatrices » comme des « soumises résistantes et désobéissantes, explorant leurs propres limites au contact du/de la dominant(e) » dans le cadre d'un flux à double sens de la relation BDSM. Ils créent ainsi la première référence académique disponible sur ce terme. Nos cousins américains qui définissent tout appellent cela le Topping from the Bottom. On peut y voir aussi un joli jeu de mot concernant le fessier mais c'est surtout l'idée qu'on dirige en sous-main depuis une position officielle de soumission. Le douminant, c'est le contraire. C'est un homme qui fait semblant d'être dominant mais qui devrait plutôt être switch voire soumis, et qui pense dominer alors qu'il est dirigé consciemment ou non. Côté nord-américain on peut faire référence au **Service Top** : un dominant qui agit principalement pour le plaisir de son soumis plutôt que par désir de contrôle personnel. Il « sert » les désirs du bottom en adoptant le rôle actif/dominant. Quelquefois, ce sont plus ou moins les débutants qui n'ont pas encore endossé leur rôle complètement, accepté leurs pulsions ou réfléchi à leur rôle. Il s'improvise dominant en achetant une cravache chez Décathlon et en regardant trois tutoriels sur YouTube. Prestataire de services. Livreur de sensations. Le douminant c'est le Uber du kink. En interaction, ni la souminatrice ni le douminant ne construisent quoi que ce soit. Ils se croisent, consomment et repartent aussi vides qu'ils sont arrivés. Un léger pourboire, un pourlécher ou une demi-fellation et encore... Des marques comme médaille d'une bonne séance et c'est tout. Deux personnes à égalité qui s'adonnent chacune à leur plaisir sans trop d'interaction. Un peu physique mais pas trop mentale et encore moins émotionnelle. Quelques autres mots révèlent l'existence d'acteurs qui minent la Scène. Outre-Atlantique, on a déjà détecté les « fake dom » et les CHDW : Clueless Horny Dom Wannabe. Que l'on traduit un peu rapidement dans les pays francophones par MDF, Mort de Faim, mais qui sont en fait les débutants qui débarquent sur les réseaux, l'air innocent et qui demandent « comment on fait pour devenir dom parce que ma copine voudrait se faire dominer ? ». Comme si les réseaux spécialisés, une fois encore, étaient le Wikipédia du BDSM et qu'on pouvait apprendre à singer des pratiques comme on apprendrait à faire un tiramisu au citron. Dans l'acronyme CHDW, il y a *Horny* : excité. Le moteur, surtout, de cette tendance qui est celle, quand même, de se vider les bourses en imitant un savoir-faire tout en évitant le savoir-vivre ou le savoir-penser. C'est la génération burger kink. La pratique sur place ou à emporter. On pioche une technique, on l'applique, on obtient un résultat mesurable (hormone shoot, subspace, marques) et on passe au suivant. La liste des envies et limites, feuille de route d'un processus de recherche de soi, se transforme en une simple wichlist. Le kink devient un étalage de produits, pas une exploration. Pire que l'ubérisation du BDSM, c'est le catalogue Temu du kink. L'homme unidimensionnel de Marcuse a trouvé son terrain de jeu : un BDSM de carnaval où la pratique remplace la relation, le geste remplace le sens et l'apparence remplace l'être. Et le SSC dans tout ça ? Il est devenu le cookie ultime. Le kink traite le SSC comme les CGU d'un site internet : tout le monde coche "ok" sans trop lire et on passe à la suite. C'est SSC, donc c'est bon. Comme c'est bio, donc c'est sain. On a vidé un cadre de construction de confiance pour en faire un sauf-conduit express. Le consentement lui aussi perd sa valeur. Il n'est plus que le label rouge du kink qui permet d'afficher une SOC : Soumise d'Origine Contrôlée. 3 — C'est qui hein, c'est qui, le you-kink ? Chacun d'entre nous peut verser à un moment dans la dominance ou la soumination. Dans la recherche d'un plaisir fugace sans trop s'investir. Mais sans l'effet miroir, le recul, l'aide, l'impulsion d'un autre qui nous connaît profondément, on ne peut évoluer. La recherche, la rencontre de soi-même paraît difficile quand on reste un être solitaire face à un catalogue de sensations. Car le BDSM a une histoire. Et cette histoire n'est pas issue d'un tutoriel. Pour moi (le vieux blanc hétéro cis-genre avec des lambeaux de patriarcat encore accrochés à sa calvitie) le BDSM moderne prend racine après la Seconde Guerre mondiale avec l'émergence des leathermen. Ces vétérans qui, traumatisés par la guerre, ont fondé des motorcycle clubs dans les années 50 pour recréer la camaraderie et la structure militaire qui leur manquaient. Plus tard, après le Vietnam dans les années 70, le mouvement s'est davantage structuré. Larry Townsend, avec son *Leatherman's Handbook* publié en 1972, a posé les bases d'une philosophie en insistant sur le consentement et la communication. C'est dans ce contexte que le SSC a été formalisé : non pas comme un label marketing mais comme le fruit d'un besoin réel. Parce que le syndrome post-traumatique (qu'on ne nommait pas encore ainsi) touchait massivement les vétérans qui pratiquaient le SM. Pour beaucoup d'entre eux, ces pratiques furent un moyen de rédemption, de soulagement. Ces processus ont ainsi révélé le rôle et les envies de chacun dans ces jeux. Du dominant au soumis en passant par le switch… Mais surtout un lien particulier qui se forme entre le top et le bottom. Le consentement, la confiance et un lien de dépendance. Une caractéristique du BDSM réalisé pleinement en conscience, c'est le besoin d'évoluer sans cesse. La première séance où on a reçu 10 fessées bouleverse. Trois mois plus tard, il en faut 50. Six mois après, on explore l'humiliation. Au bout d'un an on aspire au TPE 24/7. Ce n'est pas de l'escalade pathologique, c'est de l'approfondissement. Comme un musicien qui passe des gammes au jazz, comme un cuisinier qui passe des pâtes carbo à un risotto aux truffes blanches d'Alba. Mais cette évolution ne peut se faire que dans une relation de confiance, avec quelqu'un qui nous connaît, nous guide, nous pousse. Le consumérisme, lui, nous condamne à répéter la même séance tiède, encore et encore, avec des partenaires interchangeables qui ne sauront jamais qui on est vraiment. Sait-on encore pourquoi le BDSM est le symbole du combat contre l'ordre établi, la bien-pensance ? Se rappelle-t-on ce que libertaire veut dire ? Le BDSM n'est pas seulement des pratiques pour se faire plaisir. C'est endosser quelque chose qui nous ressemble CONTRE une pensée sociale qui devient étriquée, trop morale et jugeante. Certains prédécesseurs ont construit le BDSM comme un espace de liberté absolue. Pas la liberté de consommer, mais la liberté d'ÊTRE. D'explorer les recoins les plus sombres et les plus lumineux de soi-même, sans honte, sans mensonge, en compagnie d'un autre qui fait ce chemin avec nous. C'est cette liberté-là qui disparaît quand on réduit le BDSM à un catalogue de kinks et la qualité d'un interlocuteur à son nombre de followers. J'ai souvent eu la question : alors comment faire pour les débutants ? On ferme la porte ? On doit rester dans une forme d'obscurantisme ? Pas du tout. Le BDSM n'a pas à être inaccessible, ni compliqué. Il faut juste expliquer qu'il est exigeant. Il faut être exigeant avec soi-même pour que ce développement personnel soit positif, épanouissant. Comme tout autre moyen au choix. Certains choisissent le sport et se fortifient. Mais, désolé, le BDSM sous le masque du kink ne peut pas être non plus un simple jeu de société avec des cartes à jouer, une séance de pilate sur YouTube, un jeu de rôle avec un parcours ou un tuto masque et menotte. Ce n'est pas l'exigence des plaisirs, c'est le plaisir de l'exigence. Celui que l'on impose à soi-même pour évoluer. Alors oui, chacun son BDSM. On a le droit de le vivre comme on l'entend. Faisons attention à ne pas sacrifier cette liberté-là sur l'autel du consumérisme et de la superficialité. Picorons éventuellement quelques curiosités de-ci de-là mais n’ignorons pas la substantifique moelle du BDSM. Le BDSM est issu de la douleur pour l'utiliser, la tordre et en jouir, se découvrir, se guérir, s'apaiser et s'épanouir. Je suis moi-même un utilisateur de nouvelles technologies et curieux des tendances. Je n'ai juste pas oublié d'apprécier l'instant précieux du moment présent et la découverte fantastique de l'autre. Autrui est peut-être, au final, l'aventure ultime. Le territoire inconnu qui nous enrichit. Ethan Dom Références : - Jefferson et le mot kink : la phrase exacte est tirée d'une lettre datée du 24 novembre 1803 : "Should the judges take a kink in their heads in favor of leaving the present laws of Louisiana unaltered." Source : Online Etymology Dictionary, citant l'OED. Première occurrence figurée documentée du mot kink en anglais américain. - Herbert Marcuse, Éros et civilisation, Éditions de Minuit, 1963 (éd. originale : Eros and Civilization, Boston, 1955)* et à propos d'Eros. - Herbert Marcuse, L'Homme unidimensionnel, Éditions de Minuit, 1968 (éd. originale : One-Dimensional Man, 1964), traduit par Monique Wittig et l'auteur - *Andrieu, Lahuerta et Luy, La contrainte consentie : après le DSM-5, quelle thérapie BDSM ?, 2019 - Larry Townsend, The Leatherman's Handbook, 1972 - Restrained Grace, Modern BDSM Glossary : « Fake Dom » (idem que CHDW : Clueless Horny Dom Wannabe, Tumblr Dom) - Lina Dune, « What Is A Fake Dom? », Ask a Sub, 2024
1 Commentaire
Anonyme
27/2/2026 21:59:49
Bonjour,
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Ethan, adepte du BDSM, dominant, explorant une philosophie humaniste au travers d'une pratique socialement en marge. Archives
Février 2026
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