9 semaines 1/2, 1986, Adrian Lyne En plus de m'occuper de mes enfants (mal), de faire le ménage (pas assez régulièrement), je cuisine (pas trop mal). Oui. C'est un des aspects de ma perfection. Je me retrouve à devoir compenser mes attributs patriarcaux comme le fait de devoir assumer que je suis un mâle blanc hétéro cisgenre de type européen. Bref, le pack complet de l'oppresseur systémique. Mais pire que tout, je me vautre dans l'appropriation culturelle : je cuisine au wok. Mon idée du wokisme, c'est de cuisiner exotique. Alors que je faisais ma marinade pour mon sauté de poulet chinois (sauce soja sucré, huile de sésame, vinaigre de riz, citronnelle, ail et autres petits secrets en poudre), je me suis dit : ce plat est épicé certes mais pas BDSM. Et donc, Il y a t'il une vraie différence entre l'épicé et le BDSM ? Je dis ça parce qu'on m'a encore demandé pas plus tard qu'hier (hier c'était ramen au boeuf avec oeuf mariné et courgette thaï) si j'étais plutôt "BDSM soft" ou "BDSM hard". Et en fait, une énième fois, il faut étrangler les préjugés et certainement changer le paradigme du soft, hard, vanille, épicé. Ces simples termes que l'on pense comprendre d'instinct, une fois de plus, révèlent une incompréhension fondamentale de ce qu'est réellement le BDSM.
Alors mettons les choses au clair. Il n'y a pas de BDSM soft. Il n'y a pas de BDSM hard. Et de la même façon il y a un gouffre entre la pratique réelle et le vanille épicé sur le principe uniquement. Si on veut chipoter (ou chipotlé lol), peut-être qu'on pourrait réserver cette distinction à la relation Maître/esclave 24/7, mais même là, ça reste discutable. Parce que BDSM, fondamentalement, ce n'est pas une échelle de brutalité. C'est un acronyme. Bondage, Discipline, Domination, Soumission, Sadisme, Masochisme. Une liste de pratiques, pas un thermomètre de violence. Quand quelqu'un dit "je fais du BDSM soft", il veut dire quoi exactement ? Qu'il tape doucement ? Qu'il utilise des menottes en fourrure rose ? Qu'il demande poliment avant chaque geste ? Et le "BDSM hard", c'est quoi ? Des coups plus forts ? Du sang ? Des larmes ? Non. Tout ça, ce sont des pratiques s'adaptant aux goûts mais surtout aux capacités des soumis(es). Pas l'essence même du BDSM. Ce qui compte, ce qui définit véritablement pour moi le BDSM, c'est la relation de Domination et soumission. La D/s. L'échange de pouvoir. C'est ça, le cœur du réacteur. Une personne offre son obéissance, s'abandonne dans un lâcher-prise le plus profond possible et n'a qu'un seul objectif : satisfaire son dominant ou sa dominante. L'autre, en retour, accepte la responsabilité du bien-être et de l'évolution de sa soumise ou de son soumis. Le panel des pratiques et leur application ? C'est secondaire. C'est un moyen, pas une fin. Si les limites ou les besoins d'une soumise impliquent des gestes doux, alors on agit avec douceur. Si au contraire, elle réclame des impacts intenses pour se dépasser, atteindre son nirvana, alors on frappe un peu plus fort. On adapte. On ajuste. On écoute. Parce que l'objectif, ce n'est pas de prouver que l'on sait taper ou qu'on a les jouets les plus extrêmes. Pour moi le BDSM est mental : c'est la fusion de deux êtres dans une relation d'échange de pouvoir. Un couple qui pratique un D/s 24/7 avec peu de pratiques physiques mais où elle attend son autorisation pour certaines décisions, où il choisit sa tenue, où chaque geste quotidien s'inscrit dans une vraie dynamique de pouvoir ancrée dans le quotidien, c'est du BDSM. Un couple vanille épicé qui sort les menottes le samedi soir avec enthousiasme mais sans aucune structure de pouvoir réelle, ce n'est pas du BDSM. C'est du sexe kinky, voire un jeu de rôle sympathique. Ce qui est très bien, d'ailleurs. Mais ce n'est pas la même chose. Le problème avec cette distinction soft/hard, c'est qu'elle laisse croire que le BDSM est avant tout une question d'intensité physique. Comme si c'était un sport extrême où on mesure qui va le plus loin, qui pousse le plus les limites. Alors que non. Le BDSM, c'est d'abord une relation. Un contrat tacite ou explicite. Un abandon consenti, toujours négocié, toujours révocable, face à une prise de responsabilité assumée. Et c'est là que certains pensent à tort la différence entre soft et hard : la révocabilité, l'arrêt, le stop. Comme si le "hard" signifiait qu'on ne peut plus dire non. Errare humanum est. La soumise ne choisit pas mais elle peut stopper. Une analogie ? Ok, parce que c'est vous. C'est comme si la soumise est en voiture côté passager mais qu'on a installé les freins en double de son côté. Elle ne conduit pas, ne choisit pas la direction mais elle peut ralentir, voire stopper. Le safeword et autre processus de sécurité ne sont pas des options réservées aux débutants. C'est le garde-fou fondamental, quelle que soit l'intensité des pratiques. Pas de BDSM sans porte de sortie. Donc, la prochaine fois qu'on me demande si je suis soft ou hard, je répondrais simplement : "Je suis dans le D/s intense et complice.” Point. Parce que c'est ce qui compte : la profondeur et la sincérité de l'échange. Le reste comme le volume sonore de la fessée, la matière des menottes, le ratio familiarité/humiliation, etc. Ce ne sont que des détails techniques. Maintenant, concernant mon poulet chinois : les morceaux doivent être coupés en petit dé et marinés une heure minimum. Puis égouttés, roulés dans la farine et cuits sur un fond d’huile. On ajoute la marinade en fin de cuisson quand les morceaux sont à la fois dorés et légers. Et si vous voulez connaître la liste complète de mes épices, recette secrète, c'est de la cuisine hard qui est réservée à de vrais aficionados de l'épicé. Parce qu'il y a la cuisine soft et la hard. Il ne faut pas rigoler avec ça. Ethan P.S. : Si on me dit qu'en termes d'illustration, Le Dernier Tango à Paris avec la scène du beurre aurait été appropriée, je rappelle que c'est le totalement le contraire. À l'époque, Marlon Brando et le réalisateur Bernardo Bertolucci ont décidé de prendre par surprise l'actrice Maria Schneider qui n'avait que 19 ans. Elle ne s'en est jamais remise et a déclaré des années plus tard s'être sentie "violée". C'est bel et bien la démonstration de ce qu'il ne faut jamais faire : l'absence de consentement transforme une scène en agression. Et Cela fait perdurer l’image d’un BDSM soft versus hard qui n’a pas lieu d’être.
3 Commentaires
Sombra Del Sol
15/2/2026 13:32:42
Il parait qu'à une époque, la carte du trajet était entre les mains de la/du copilote sur le siège passager...en plus des freins en doubles, ça laisse un pouvoir d'orientation de la direction... xD
Répondre
ethan
16/2/2026 13:47:40
cette "carte" pourrait être la liste des limites, pratiques désirées ou non que l'on est sensé remplir en amont., non ? :)
Répondre
Sombra Del Sol
24/2/2026 21:47:56
Oui. La base, je confirme. :)
Répondre
Laisser un réponse. |
Auteur
Ethan, adepte du BDSM, dominant, explorant une philosophie humaniste au travers d'une pratique socialement en marge. Archives
Février 2026
Catégories
Tous
|

Flux RSS