La différence entre majorité et maturité. Je souhaite apporter une réflexion sur l'âge pour pratiquer le BDSM à laquelle votre avis est bienvenu. Sujet mouvant et évolutif. Ma fille a désormais 15 ans. Âge de la majorité sexuelle. C'est dur à accepter quand on est un papa poule et que l'on voit toujours le bébé qu'on tenait dans ses bras hier encore. Mais bon, c'est « la loi » : elle a le droit de choisir ses partenaires et de faire ce qu'elle veut sans que je n'aie rien à en redire. Qu'elle tombe amoureuse et agisse, d'accord. Mais avec des gens d'à peu près son âge. Car quel que soit l'âge de la « majorité sexuelle », cela reste bien dégueulasse à mes yeux quand c'est un vieux qui lorgne sur les petites jeunettes. Je ne parle même pas des pédophiles qui n'ont absolument aucun jugement ni aucune retenue sur les mineures de 8 à 14 ans, voire moins. Et je dis cela alors que ma soumise, la femme de ma vie, et moi avons 19 ans d'écart. Je n'ai pas choisi une jeunette par goût de la chair tendre. C'est d'abord elle qui m'a choisi. Reste que si je l'avais croisée quand elle avait 15 ou 16 ans et moi 34, je ne l'aurais pas envisagée du tout (et d'ailleurs elle non plus). Car, au final, ce n'est pas la différence d'âge, ni l'âge minimum d'une soi-disant « majorité sexuelle » que l'on doit questionner. Mais c'est l'âge de la maturité dont il est question. Celle de la maturité sociale et celle liée à la maturité sexuelle.
Je reviens à ma fille, qui ne sait pas que je pratique le BDSM. Nos conversations sont ouvertes sur la bisexualité, la pansexualité, les « pervers », les manipulateurs et manipulatrices, la protection, l'ouverture d'esprit, etc. Mais sa maturité sociale est loin d'être atteinte. Elle a encore des réflexes et des pulsions d'ado. Elle se cherche moralement en explorant sa position dans la société et commençant à peine à donner des avis tranchés. Elle a certes des idées, des opinions qui changeront peu désormais. Reste qu'il faut accumuler de l'expérience de vie avant d’étayer son avis et explorer plus en détail les mystères de l'existence. Moi, à 16 ans, je me rêvais shinobi m'entraînant au ninjutsu tout de noir vêtu. Plus tard, bien que j'eusse un début de carrière scintillant qui m'emmenait par monts et par vaux, les choses de l'amour me paraissaient obscures. Ma naïveté me faisant rater pas mal d'occasions. Jusqu'à mes 24 ans, j'ai été loin de maîtriser tous les rouages de la vie sexuelle malgré mon intérêt marqué. Quelqu'un aurait pu me pousser dans les affres d'une sexualité alternative en me donnant l'impression d'être consentant alors que ma réflexion n'était pas mûre. Il aura fallu l'arrivée de ma "révélatrice" pour m'ouvrir les portes de la conscience sensuelle et ce dans la bienveillance et le temps. Tout cela pour dire que le consentement éclairé ne peut s'établir que sous la lumière d'une expérience de vie suffisante. On aura beau être énergique, attentif ou intelligent, certaines pratiques exigent qu'on les ait déjà expérimentées, qu'on en ait compris certains points de vue. Certains qui nous auraient choqués ou heurtés, d'autres que l'on aurait trouvés attirants ou troublants. Mais dans tous les cas, il faut avoir vu du paysage pour savoir en apprécier les reliefs atypiques. Sinon, on ne peut pas parler de consentement éclairé : on ne sait simplement pas de quoi on parle. Pour faire simple, je pense qu'on ne devrait aborder le BDSM qu'à partir de 24 ou 25 ans. Ce n'est pas faute d'avoir eu des interlocutrices de 20 ans qui pratiquaient déjà et à qui je conseillais d'attendre, de prendre le chemin plus classique du vanille. Ma réponse est toujours la même : si tu pratiques du BDSM à 20 ans, tu pratiqueras quoi à 40 ans ? Le BDSM est un ensemble de pratiques que l'on qualifie de « en marge » non pas parce qu'elles sont moralement répréhensibles, mais parce qu'elles demandent une vision de la vie établie, une compréhension profonde des tenants et aboutissants, afin de le suivre comme une découverte de soi. Avant 25 ans, désolé, il manque de toute évidence une expérience de vie qui permet de comprendre et de servir de marchepied pour le développement personnel. Revenons donc à cette différence entre majorité et maturité. Il faut être mûr pour aborder les fétichismes, les kinks, comprendre ce qu'est une relation D/s, apprendre à lâcher prise en comprenant que c'est briser des barrières. Une certaine désinvolture aussi pour aimer se faire attacher en restant féministe et enfin savoir se laisser porter dans les affres de la douleur autant que dans celles de plaisirs intenses. Le grain de folie qu’on ne trouve qu’après une expérience vie plus large. Tout cela et bien plus nécessite une plénitude, une compréhension des enjeux. Pour dire qu'on ne vit qu'une fois, il faut en avoir vécu plusieurs avant. Concernant l'âge en lui-même : bien sûr qu'il y a des exceptions. Mais elles ne sont que cela. Et je ne serais pas étonné que ces exceptions prennent racine dans des passés tumultueux, voire traumatiques, qui ont amené les personnes sur les voies du BDSM comme si cela était naturel, alors qu'en fait elles sont issues d'événements personnels spécifiques. Il m'est déjà arrivé de converser avec des soumises de 20 ans, bien dans leur tête et stables, sans réelle contre-indication à pratiquer le BDSM. Mais quelques exemples, quelques exceptions, ne font pas une règle. Ce n'est pas tant un âge couperet qu'une exigence de maturité que nous devons suivre, l'âge n'étant qu'un indicateur statistique un peu facile. La fessée de Rousseau n'a révélé ses secrets que bien plus tard dans l'esprit de ce dernier. Certes, il est difficile de mesurer la maturité. Je me permet de suggérer quelques pistes de réflexion : - La première d'entre elles est le temps : non pas l'âge en lui-même, mais le nombre d'années de sexualité adulte derrière soi, disons-le crûment. On n'aborde pas une relation D/s avec la même lucidité après six mois de sexualité qu'après dix ans. D'où l'exigence d'un parcours vanille préalable : avoir aimé, désiré, été déçu, avoir connu la routine et l'avoir dépassée. Avoir su dire non dans un cadre banal avant de prétendre dire oui dans un cadre extrême. Et c'est au travers de la simplicité du vanille que l'on commence à percevoir les envies de kink qui émergent, éventuellement. - Peut-on dire que le second repère est l'autonomie réelle. Un toit à soi, un revenu, une vie qui ne dépend pas d'un autre. Et sinon (car il y a encore des étudiants à 25 ans), au moins une autonomie de pensée. Une personnalité construite autour de préceptes mais aussi d'expérimentation (petits boulots, voyages, etc.). Peut-on savoir ce qu'est le consentement quand on n'a soi-même jamais connu de contrariété ? La maturité sociale précède la maturité sexuelle. - Un troisième repère, plus difficile à nommer : la capacité à aborder et comprendre ses limites. Quand on débute il y a de grandes chances de subir ces limites qu'on aura pointées un peu par hasard. Donc la maturité n'est pas tant d'être apte à remplir un questionnaire « oui, non, jamais » que d'être conscient de l'existence de nombreux fétichismes. C'est pourquoi ma Liste est la plus exhaustive possible. Pour montrer la richesse du BDSM mais aussi inciter à comprendre que c'est au travers de la complexité que l'on découvre l'autre. Inciter à se positionner dans une jungle et pas seulement un panneau publicitaire. Au fond de cela se dévoile une conscience. Là encore, il faut une expérience de vie, un recul, pour être capable d'aborder tous les sujets, et pas seulement les ordres, une paire de menottes et quelques coups de cravache. Aucun de ces critères n'est suffisant à lui seul et ne constitue une solution définitive. Mais c’est une grille de lecture peut-être plus fiable qu'un chiffre arbitraire. Évoquons enfin le rôle des dominants et organisateurs d'événements dans l'acceptation d'une personne trop jeune. Dans beaucoup de situations, le ou la jeune voudra à tout prix faire partie de ce monde dès qu'il ou elle en aura connaissance. Vous savez, la blessure de rejet… C'est donc aux dominants de prendre leurs responsabilités. Accepter une partenaire trop innocente, c'est faillir à sa fonction. Dominer, ce n'est pas prendre, c'est répondre de l'autre. C'est porter une autorité dont on doit être capable de rendre compte. Et c'est donc, possiblement, refuser. Voilà ce que la jeunesse comprend mal et que l'expérience finit par enseigner : aider quelqu'un, ce n'est pas lui donner ce qu'il réclame. C'est savoir aussi dire non, imposer de patienter. Mentorer, ce n'est pas ouvrir toutes les portes : c'est en tenir certaines fermées le temps qu'il faut. C'est pourquoi je milite pour le fait de se contenter de conseiller à des personnes trop jeunes de ne pas aborder le BDSM. L'excuse du « si ce n'est pas moi, elle peut tomber sur un prédateur » est mauvaise. Des prédateurs il y en a partout et on va éviter de sombrer graveleusement dans le triangle de Karpman pour goûter à de la chair fraîche si vous le voulez bien. Il faut rester en contrôle de ses propres pulsions et ne pas céder. Je ne peux que répéter comme un leitmotiv : si tu fais cela à 20 ans, que comptes-tu faire à 40 ? À ce propos, évoquons les dominants et dominantes de 20 ans : trop jeunes pour comprendre ce que la vraie autorité veut dire. Un phénomène qui est devenu important. On voit fleurir les money dommes de 21 ans sur les réseaux, dans la mouvance de MYM avec un air de chérubin dédaigneux et dont la première phrase est souvent "à genoux larbins" puis "sors ta carte bleue" ou “j’ai besoin d’un taxi ou d’un homme de ménage”. Je n’ai rien contre les TDS mais je ne peux m’empêcher de le voir plus comme une exploitation d’une misère sexuelle qu’une véritable exploration de l’être. J'ai croisé aussi plein de « jeunes » en soirée play. Avec une tendance à ostraciser les plus vieux comme s'ils sécurisaient leur pré-carré, leur peau, leur fraîcheur. Ce que je peux comprendre. Ce que je leur reproche, ce n'est pas de s'éloigner des plus vieux, c'est de vivre leurs kinks comme s'ils avaient trouvé le graal, la solution que nous, les anciens, aurions ratée. Voire que nous aurions été corrompus par nos habitudes patriarcales. Or croire avoir tout compris, c'est symptomatique du contraire. À l'image de ces modules Insta ou TikTok qui expliquent le BDSM en 30 secondes chrono, en mode glam : on découpe le sujet en mini reportage, on adapte le vocabulaire, on rend ça présentable en prenant un air faussement pédagogique et amical avec une pointe de prétention. Tout ça pour oublier le fond : le relationnel. Le BDSM n'est pas une recette, c'est aussi une question de sensibilité, de compréhension, de relation avec l'autre. Pas une démarche légèrement égoïste où l'autre n'est qu'un pourvoyeur. On essaie de nous vendre du BDSM woke : ce n'est pas encore au point. Bref, ma fille a 15 ans. Et je suis inquiet. Ethan références : Triangle de Karpman La fessée de Rousseau le texte des Confessions
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Ethan, adepte du BDSM, dominant, explorant une philosophie humaniste au travers d'une pratique socialement en marge. Archives
Septembre 2026
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