LE FOUET & LA PLUME
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A votre bon cul, messieurs dames

15/11/2018

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Parlons misère sexuelle. Comme ça. Hors statistiques. Surtout en dehors des statistiques.
 
Parce que les statistiques, elles nous rassurent mais ne nous interpellent pas. Elles donnent l’impression d’informer. Comme ce fameux âge du premier rapport sexuel qui ne change guère (17 ans et des brouettes) et qui rassure les plus vieux, inquiets que l’océan de porn n’avilisse une jeunesse naïve.
 
Alors, hors statistiques, je vais vous donner ma vision d’une certaine misère sexuelle.
Pour vous la faire courte, entre les années 80 et aujourd’hui, nous avons eu droit à quelques bonnes évolutions. Si les filles affirmaient fièrement ne pas sucer dans les années 80, 10 ans plus tard, c’est le contraire. Notamment grâce à la notion de métrosexualité. Les hommes commencent à se tondre car « trop de poil c’est pu bien ». La notion d’hygiène démontrant que l’organe sexuel ne sent pas nécessairement comme une vespasienne. De même les hommes ont ajouté à leur vocabulaire les mots préliminaire, clitoris, orgasme vaginal.
 
Dans les années 2000, à la veille d’internet 2.0, les langues se délient, les vidéos se déversent. On parle à ce moment-là de libertinage, d’épilation intégrale et du graal qu’est la sodomie.
 
Nous sommes à la fin des années 2010. Nous pourrions croire, selon la démonstration précédente que la sexualité a encore évolué. Tout le monde parle bdsm ? Tout le monde pratique la sodomie ? On parle de bisexualité des hommes enfin acceptée face à une bisexualité féminine assumée ? Le mariage gay en place, la PMA et la GPA en route ? Le point culminant d’une société apaisée, ouverte ?
 
Bien sûr que non. Une régression mentale aussi étonnante que ridicule se propage.
Je ne parle même pas d’un féminisme qui s’étend. Ou d’une revendication de la repousse du poil sous les aisselles. Non, je parle de simples pratiques sexuelles.
D’un côté, comme de l’autre, il m’arrive d’entendre des phrases venues d’un autre âge. De la part des hommes :
- Je ne lèche pas (mais je ne suis pas contre une bonne pipe).
- Moi je suis là pour m’amuser. Le reste, j’vois pas.
- Les capotes, sérieux c’est naze. Je suis clean.
- Mais pourquoi elle devrait jouir plusieurs fois ?
- Je l’ai bourrée pendant je ne sais pas combien de temps. Elle m’a supplié d’arrêter. Je lui ai bien montré ce qu’était un vrai mec.

 
Du côté des femmes :
  • J’avale pas. C’est déjà bien que j’accepte de le mettre dans ma bouche.
  • La faciale ? Encore moins.
  • Jouir par cunnilingus. Ça m’est arrivé très rarement.
  • Il me tapait dans le fond sans s’arrêter. Je ne ressentais plus rien et me demandais quand il allait jouir.
  • Baiser pour baiser, ça y est j’ai donné.
  • J’ai tellement simulé dans ma vie que je le fais toujours par réflexe.
 
Les justifications calquées sur les combats féministes (certes légitimes) conduisent à des conclusions égocentrées : « je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas », « pourquoi ferais-je un effort alors que l’autre n’en fait pas ? ».
 
Un voile d’obscurantisme s’est abattu sur les protagonistes. Décervelés et désapprenant. La horde de zombies frotteurs, les masturbateurs d’internet, les burineurs de 2 mn (douche comprise) font face aux fémino-sensibles qui balancent leurs porcs avec l’eau du bain. On oblitère l’effort, le besoin de jouissance de chaque côté en se réfugiant dans l’anal-phabétisme.
A l’heure du viagra, de la thérapie de couple, des avancées de la recherche sur le plaisir féminin, on assiste pourtant à une régression. On oublie que le sexe est d’abord dans la tête. Le fantasme, la découverte, l’évolution. C’est avant tout mental. Et si on ne s’ouvre pas. Si on ne déclenche pas individuellement la volonté d’apprendre, de faire un effort. Si on ne prend pas comme principe que nous sommes toujours en apprentissage. Alors, le fantasme ne peut pas se créer et l’envie de se dépasser encore moins. Le plaisir, au bout de la chaîne, n’est plus qu’un concept réglé par l’onanisme.
 
A l’heure du libertinage qui donne l’impression d’une pensée ouverte, la majorité se fige dans l’inaction. On croit, ou on nous fait croire, que nous sommes à l’ère de la maturité sexuelle en prônant un « chacun sa sexualité ». Ici des cours de shibari sexsafe, là des rencontres fétichistes sur fond de musique techno vinyle. Profusion de sextoys estampillés « 50 nuances de made in china » qui se cassent après 2 essais. Des vidéos classées par thème pour chaque fantasme avec moteur de recherche. Ainsi on peut trouver sans trop de soucis « homemade orgy of multiracial midgets pig roasting an amateur milf » (traduction : orgie multiraciale faite maison de nains embrochant une milf amateur). Des concepts écolo-bio-vegan comme le slow sexe, la sex méditation, les culottes parfumées vanille (car oui, l’homme moderne n’est plus attiré par le parfum de la cyprine mais par l’odeur de la religieuse).
 
Le sexe est devenu plus que jamais un objet de consommation, mais les consommateurs ne lisent pas le mode d’emploi. Vous savez celui qui dit « le partage, l’écoute des désirs de l’autre, on se fait plaisir en faisant plaisir »…
 
Alors peut-être que les jeunes ont un premier rapport sexuel à 17 ans, comme nous les vieux. Mais l’intention, la volonté s’est perdue pour toutes les générations. On ne veut plus apprendre à lécher, pas comprendre que recevoir le jus de sa/son partenaire est un cadeau pour les deux. On a fait peur aux hommes qui doivent désormais presque obtenir un consentement écrit avant d’obtenir un missionnaire. Autant je suis d’accord que le harcèlement doit cesser sur tous les fronts. Autant, on oublie que « bien baiser » et même « apprendre à bien baiser » est aussi essentiel pour les deux partis.
 
Il n’est pas difficile de placer le BDSM dans cette spirale. Nous sommes même en première ligne. Les sites regorgent de miséreux qui pensent trouver dans une soumise la solution au problème de séduction sans effort intellectuel et moral. Et de l’autre côté, des femmes et des hommes se jettent à corps perdus dans la soumission pensant être déréglés et espérant être acceptés.
Alors qu’à mon avis, le BDSM est au sexe ce que la cuisine faite maison est aux plats préparés. Il ne suffit pas de savoir déballer et enfourner. Il faut prendre le temps, éplucher, faire mariner, incorporer habilement avec le fouet, mettre du beurre et cuire à feu doux. Puis il faut savoir remettre le couvert, allumer des chandelles et apprendre à déguster.
 
Sans compter qu’il faut savoir lire une recette. Car, on vous l’a dit et redit : il n’y a PAS de fromage dans le gratin dauphinois sinon cela devient un gratin savoyard (cela n’a rien à voir avec le bdsm, ni la misère sexuelle, mais j’ai trouvé qu’il était temps de faire la mise au point.)
 
J’arrête là les images cul-linaires.
 
J’ai connu la misère sexuelle sans m’en rendre compte. Très jeune je me suis intellectuellement intéressé au plaisir des femmes, leurs envies, leur corps, les techniques et la manière. Curieux et soucieux de procurer de la jouissance à ma partenaire pour à mon tour lâcher-prise.
Mais un excès de timidité m’a empêché de séduire. J’ai raté des occasions. Il a fallu ma révélatrice (cougar pour les jeunes générations) pour sortir de l’ornière.
Plus tard, mon problème fut la performance. Toujours dans le souci de remplir mon rôle, mes érections étaient fluctuantes. Tenir sans craquer…
Avoir embrassé mon être bdsm intérieur et laissé surgir la bête a résolu ces soucis. J’ai basculé sur l’aspect mental. Le physique n’est alors plus qu’un outil au service des plaisirs et de l’amour. Soulagé d’un système qui exhortait au préliminaire/pénétration/attente de l’autre, j’ai réalisé que je maîtrisais aussi mes érections et mes envies. Les possibilités sont multiples. On savoure, on partage, on fusionne.
 
S’intéresser à l’autre, c’est le premier pas pour briser la misère sexuelle.
 

J’utilise souvent un penseur pour conclure mes textes. Cette chanson écrite par Jean Jacques Goldman me trotte dans la tête alors que j’écris ces lignes (pourtant je ne suis pas très chanson française).
 
On m'a trop donné bien avant l'envie
J'ai oublié les rêves et les "merci"
Toutes ces choses qui avaient un prix
Qui font l'envie de vivre et le désir
Et le plaisir aussi

Ethan
Photo : Extrait du film Misery (Film de Rob Reiner, 1990, inspiré du livre de Stephen King)
1 Commentaire
Shemale Lewisville link
17/6/2025 01:49:02

I agree that open communication and mutual respect are crucial in any sexual relationship.

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    Auteur

    Ethan, adepte du BDSM, dominant, explorant une philosophie humaniste au travers d'une pratique socialement en marge.
    Le sérieux côtoyant dérision et érotisme.

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